1. Fondements de l’Animation socioculturelle

  • Origine

L’animation socioculturelle s’est construite en grande partie en référence aux courants de l’éducation populaire. Elle s’inscrit dans un mouvement d’idées dont les actions visent le développement social et culturel des individus au sein des groupes et de la collectivité dans laquelle ils évoluent. L’action s’ancre dans l’espace local qui est le lieu permettant la mise en jeu des relations formelles et informelles ; celles-ci donnent l’occasion d’expérimenter les « ingrédients » qui participent à agir pour un « bien vivre ensemble ».

  • Présupposés

Elle s’inscrit dans les présupposés de l’action sociale en général qui agit à partir de valeurs humanistes, démocratiques, fondées sur les droits fondamentaux, insérant dans le cadre de ses valeurs professionnelles des intentions et attentions spécifiques. La prise en compte de ces valeurs intervient en amont, à l’intérieur et en aval des actions, permettant de les questionner et de les adapter aux besoins de la mission. La notion de valeur représente « ce qui devrait être » pour que l’individu et le groupe puissent évoluer harmonieusement.

2. Mise en évidence des axes spécifiques qui s’imposent en faveur de la cohésion sociale

Les axes spécifiques de l’animation socioculturelle se réalisent donc, au niveau individuel et collectif, par :

2.1 Des accueils permettant l’expression et le partage des besoins, par l’écoute et l’intégration des personnes dans le tissu social du territoire.

2.2. Un dialogue renforçant les capacités d’autonomie, favorisant la reconnaissance individuelle des personnes, la stimulation de leur émancipation et le soutien à leurs initiatives.

 2.3. La mobilisation des processus collectifs pour agir sur le quotidien, en agissant sur l’espace local, en particulier le territoire où se jouent les liens sociaux et l’exercice de la citoyenneté.

3. Interférence des valeurs

Les valeurs qui interfèrent en amont, au sein et en aval des actions sont issues :

3.1. Des valeurs générales et fondamentales

Des valeurs humanistes impliquant :

  • La conscience d’être concerné par le bien-être commun
  • La confiance en l’être humain,
  • La croyance dans les capacités et potentialités des personnes
  • La tolérance
  • Le respect et dignité de la personne
  • Le partage
  • L’autonomie
  • La responsabilité
  • La capacité d’autodétermination

Des valeurs démocratiques impliquant :

  • La justice sociale
  • La solidarité
  • La participation
  • La promotion
  • La citoyenneté
  • La cohésion sociale

Des droits humains :

  • L’égalité
  • La liberté d’opinion, de conscience
  • La liberté d’expression
  • La liberté d’association
  • La vie privée, la vie publique
  • La sécurité
  • L’absence de discrimination

Aux valeurs fondamentales incarnées dans l’action socioculturelle, les professionnels-les s’appliquent à y intégrer de la cohérence, de la créativité, de la compétence, de la confidentialité, du désintéressement, de l’efficacité, de l’intégrité et de la rigueur.

3.2. Des valeurs spécifiques

Dans le cadre de l’intervention de l’animation socioculturelle, la mise en œuvre de certaines valeurs spécifiques se révèle aujourd’hui être une condition à la juste réalisation de la mission.

Il s’agit de la nécessité :

  • De la libre adhésion des personnes, situant l’individu face à ses propres choix,
  • De la participation des personnes, en tant qu’acteurs au sein du tissu social,
  • De créer des occasions de solidarité et de vie collective, pour expérimenter la compréhension et le partage entre les personnes,
  • De faire valoir le bien vivre ensemble, favorisant les processus d’un changement favorable à l’individu et à la collectivité,
  • De faciliter l’accès à la culture, comme moyen d’expression et d’action.

4. Des savoirs être essentiels en jeux

Tout fondement idéologique risque de perdre son sens s’il n’est pas accompagné d’un savoir être dans la réalisation des actions. Cela vaut tant au niveau de la réalisation des actions des professionnels que dans la coopération et les relations partenariales tant locales (associations, communes, etc.…) que globales (Fédérations, Département, Région, Etat, etc.…), notamment.

Cela implique :

  • De soigner les façons d’accueillir, dans la bienveillance et la « bientraitance »,
  • D’être empathique, à l’écoute, créatif, en recherche de la « direction » la plus appropriée,
  • D’informer, d’orienter, de faire coexister, de faire évoluer, d’agir sur les facteurs déstructurant ou destructeurs et inversement sur ceux qui sont constructifs,
  • De prendre du recul sur l’action pour adapter au mieux l’intervention,
  • D’interagir avec sincérité,
  • De respecter les rythmes propres à chacun ou incontournables à la réalisation d’un objectif,
  • De considérer l’autre à partir de ses ressources plutôt que de ses limites,
  • De mener une réflexion permanente, permettant d’agir autant sur les causes d’une situation que sur ses effets,
  • D’être capable de remettre en question des pratiques et d’avoir le sens de l’autocritique,
  • De favoriser une culture professionnelle mettant en valeur une éthique du dialogue permettant : le questionnement, la confrontation d’idées et d’opinions tenant compte de la complexité de nos pratiques et des réalités du terrain.

5. Le temps périscolaire et extrascolaire, le temps d’un projet

Le temps de l’enfant est rythmé par le temps scolaire et le temps familial, bien identifiés en terme de fonctions, de missions et d’acteurs. Un autre s’est progressivement glissé entre ces deux espaces, temps qualifié de périscolaire et d’extrascolaire selon les périodes concernées. Ce temps périscolaire réunit une importante diversité d’acteurs et fait l’objet d’une attention accrue des politiques sociales et éducatives. Qu’il s’agisse d’accueil, de parentalité, de lien social, d’aide aux devoirs, de réussite éducative, de santé ou d’accès à la culture, au sport, aux loisirs, chacun de ces points présente autant d’opportunités pour tous les éducateurs de se rencontrer et d’agir. Or ce temps donne une impression de confusion où chacun tente de répondre au mieux à sa mission et à ses devoirs sans toujours prendre le temps ou l’initiative de composer avec l’autre.

Il est aussi difficile pour le parent d’identifier l’offre existante et de l’utiliser en cohérence avec les aspirations et les contraintes scolaires, familiales et professionnelles.

Ce temps doit devenir une priorité et passer d’une offre de services cloisonnée et morcelée à l’émergence d’un projet de territoire, social et éducatif. Une dynamique de l’ensemble des acteurs du périscolaire est nécessaire tant pour en définir les besoins que pour mettre en synergie et en cohérence l’action des uns et des autres.

L’accueil de loisirs, entre la famille et l’école, est en relation privilégiée avec les enseignants et les parents. Cette situation en fait un interlocuteur stratégique ayant une bonne connaissance du territoire, de ses réseaux, de ses acteurs et de ses réalités. Il peut, dans un contexte politique volontaire, passer du statut d’un service de garde d’enfants à celui d’un véritable levier de développement de son territoire qu’il soit quartier, commune ou intercommunalité.

6. Les rythmes de vie et les besoins des publics

L’organisation d’activité socioéducative doit pouvoir prendre en compte la connaissance des publics et tenir compte des aspects physiologiques, psychologiques, affectifs, sociaux et culturels.

Il ne faut pas oublier que l’enfant ou le jeunes n’est pas un adulte en miniature et possède des droits, notamment tenant au respect de la personne, mentionnés dans la convention internationale des droits de l’enfants.

Les besoins fondamentaux de l’enfant sont d’ordre :

Physiologique :

  • L’enfant doit pouvoir prendre des repas équilibrés, variés, en quantité suffisante qui suivent un rythme régulier
  • Le sommeil et le repos doivent lui permettre de récupérer
  • La détente, le rêve, le calme contribuent à son épanouissement.

Affectif

  • L’enfant doit être reconnu, entendu, protégé et se sentir en sécurité par des repères. En le responsabilisant avec bienveillance, l’adulte doit l’aider à grandir.

Intellectuel :

  •  L’enfant doit pouvoir copier, recopier, réfléchir mais aussi explorer, découvrir, afin de pouvoir créer et se découvrir des capacités ;
  • Pratiquer seul ou avec d’autres, le jeu est un des outils de sa construction.

Les besoins fondamentaux chez l’adolescent :

  • Besoin de mouvement
  • Besoin de sécurité
  • Besoin de socialisation
  • Besoin de fiction et d’imagination
  • Besoin d’imitation
  • Besoin d’agir sur les choses
  • Besoin de sensations
  • Besoin de repos et de détente
  • Besoin de se mesurer au risque
  • Besoin d’autonomie
  • Besoin de s’intéresser au réel
  • Besoin de création
  • Besoin d’agir sur les choses

7. Les activités

 7.1 Pour les enfants

Il convient d’éviter l’activisme et d’adapter les contraintes techniques des activités en fonction des possibilités des publics accueillis notamment des enfants dont l’attention baissent en fin de journée, et dont la fatigue s’accumule en fin de semaine. Les enfants doivent pouvoir choisir l’activité, voire jouer ou s’occuper de manière autonome s’ils le souhaitent. Certains enfants fréquentent à la fois les accueils péris scolaires, les accueils de loisirs du mercredi et ceux des vacances, aussi est-il nécessaire de réfléchir à une continuité pédagogique qui évite les redites et tienne compte d’une progression et d’une cohérence de programme d’activités. Le programme pédagogique des accueils fonctionnant sur différentes périodes doit être pensé dans sa globalité. L’organisateur qui intervient en accueil périscolaire est confronté à des contraintes liées à la spécificité de ce temps : fréquentation irrégulière, des enfants d’âges très différents, et un temps de présence qui peut aller de 10 minutes à 2 heures 30.

Outre les compétences classiques attendues, un animateur doit plus particulièrement être à l’écoute des enfants, respectueux de leurs rythmes et en parfaite connaissance de leur environnement.

L’accueil diffère néanmoins selon qu’on y intègre l’aide aux leçons et l’accompagnement scolaire ou qu’on se limite aux temps d’animation proprement dits.

7.2 Pour les jeunes

On ne née pas citoyen mais on le devient. Il nous faut construire des parcours d’éducation pour les jeunes que nous accueillons au sein de nos structures pour leurs permettre, au travers de nos activités et de nos espaces d’accueils, d’emprunter ce chemin tout au long duquel, ils pourront acquérir ces compétences sociales et citoyennes en prenant en compte l’environnement qui est le nôtre.

Dans cette perspective, l’activité n’est pas une fin en soi mais un vecteur d’éducation permettant de se construire son identité citoyenne et pouvoir participer en tant que membre à part entière à la vie son territoire. 

8. Les relations avec les parents

Accueillir un enfant ou un jeune, c’est aussi accueillir une famille.

8.1. Pour les enfants

En ouvrant la structure aux parents, on permet à l’enfant de surmonter la séparation avec son milieu familial.

Les besoins de l’enfant doivent être pris en compte dans leur interdépendance et il est important d’établir une relation privilégiée, individualisée, continue, avec le ou les adultes de référence.

Plus le séjour de l’enfant augmente en durée et plus la concertation entre les adultes sur l’enfant est importante notamment pour l’enfant accueilli matin, midi et soir.

L’espace d’accueil des familles doit s’organiser dans un endroit spécifique.

Une information permanente écrite à l’entrée de l’accueil doit présenter :

  • le projet éducatif et pédagogique
  • le règlement intérieur
  • la présentation de l’équipe d’animation
  • des informations diverses.

Les échanges sont souvent plus faciles en fin de journée. Fréquemment, les parents ne voient pas les enseignants et c’est à l’animateur qu’ils vont faire état des informations relatives à l’enfant (absence, plannings, environnement familial, maladie…) et, inversement, c’est l’animateur qui va restituer l’information quotidienne sur la vie de l’enfant. La liaison avec l’équipe enseignante est aussi essentielle car si l’enfant a eu une mauvaise journée, le passage de relais doit permettre à l’enseignant de donner les informations importantes à l’animateur

8.2. Pour les jeunes 

Lorsque des parents confient leur jeune à notre structure, ils délèguent à cette dernière une responsabilité d’encadrement et d’éducation dans un temps et dans une durée bien déterminés. L’intervention des professionnels vient alors dans le prolongement du projet éducatif des parents. Ensemble, les parents et l’équipe ont un objectif commun dans l’intérêt du jeune.

Ainsi l’enjeu de la relation à la famille repose avant tout sur ce projet commun. Pour le définir il est important que l’équipe clarifie ce que les parents attendent des professionnels et de la structure d’accueil. Cette première étape est à mon sens essentielle car elle permet de lever tout malentendu ou incompréhension sur la fonction et le rôle de chacun. Certains parents perçoivent les activités socioéducatives comme un moyen de garde, d’autres attendent une action éducative à l’égard de leur jeune. Dans d’autres cas, encore le jeune viendra aux activités sur l’orientation de travailleurs sociaux, ainsi la demande est double (celle de travailleur social et celle des parents) et les deux ne convergent pas toujours ensemble. L’équipe d’animation de son côté a une vision précise de sa finalité, elle a une représentation de ses missions. Si les représentations des parents et de l’équipe d’animateurs sont très différentes, les risques d’incompréhension sont importants et c’est la relation Parents/Professionnels/Enfants qui en subira les conséquences. Les risques de jugement de part et d’autres peuvent émerger et polluer les relations. Ainsi la clarification du projet d’accueil dès l’inscription aux activités est nécessaire. « Qu’attendez-vous de nous pour votre jeune en l’inscrivant ? » « Comment pouvons-nous répondre à cette attente dans le cadre de nos missions ? ». L’implication la plus importante des parents est celle qui consiste à élaborer un projet avec l’équipe d’animation à destination du jeune. C’est ce que nous appelons la coéducation « Ensemble nous avons un projet pour votre jeune ». Cette démarche est aussi une façon de légitimer la place des parents. Sans être forcément présent physiquement sur les temps d’accueil, ils sont pris en considération dans l’intervention de l’équipe d’animation. Les professionnels ne peuvent pas avoir un rôle éducatif efficace tant que leur action n’est pas validée par les parents.

La mise en place du projet commun nécessite les conditions suivantes :

  • Une capacité d’écoute et de compréhension de la façon dont les parents ont construit leur vision du monde.
  • Une capacité à les rejoindre sans jugement dans cette vision du monde sans renier la sienne et sans faire de concession sur les missions de l’équipe d’animation.
  • Une capacité à faire émerger les attentes des parents même s’ils disent qu’ils n’en ont pas. S’ils inscrivent leur jeune aux activités, ils ont forcément une attente mais elle est peut-être inconsciente.
  • Une capacité à faire émerger par un échange un projet d’accueil qui pourra bien sûr évoluer.
  • Une capacité à entretenir une qualité de relation avec les parents au quotidien pour faire vivre le projet d’accueil et le réadapter aux besoins du jeune.

Cette question des enjeux de la relation aux familles ne doit rien laisser au hasard, ni à l’improvisation. Elle doit donner lieu à une réflexion approfondie du projet pédagogique, des objectifs à atteindre, du positionnement et de la formation des professionnels et des modes d’intervention nouveaux à mettre en place. 

9. Conclusion

La reconnaissance de nos valeurs comme étant nécessairement associées aux actions menées en animation socioculturelle donne la possibilité aux professionnels de travailler en profondeur au cœur de leur mission. En effet, l’animation socioculturelle est une fonction sociale très exigeante du point de vue éthique. Son rôle est d’œuvrer dans des niveaux « informels » en insérant ses actions dans des champs du possible, en réponses aux besoins identifiés dans les politiques sociales. C’est la raison pour laquelle elle ne fonctionne pas par l’exécution de directives et prescriptions émanant d’instances administratives et politiques, mais bien dans le renouvellement quotidien d’expériences à même de fournir les ingrédients favorisant le développement social. C’est ainsi que les professionnels œuvrent dans le cadre de la fertilisation du terreau qui nourrit le tissu social, au cœur des processus de changements sociaux. Ils peuvent de cette façon s’inscrire en compléments ou en remises en question des politiques établies.